Guide · Tournage

Filmer quelqu'un qui n'a jamais été devant une caméra

La plupart des personnes filmées dans un film d'entreprise ne sont pas des comédiens. Un directeur technique, une responsable qualité, un opérateur : ils savent parfaitement de quoi ils parlent, et perdent leurs moyens dès que la caméra tourne.

Ce n'est pas un problème de personne, c'est un problème de dispositif. Une intervention ratée se prépare aussi mal qu'une réussie se prépare bien — et la différence se décide avant le tournage, pas au montage.

Préparer sans faire apprendre

Des idées, pas des phrases

On prépare trois ou quatre messages, pas un texte. Une phrase apprise s'entend : le regard décroche, le débit devient plat, et le spectateur sent le récité avant de comprendre le contenu.

Le prompteur, rarement

Il convient à un message institutionnel court et cadré. Sur un témoignage ou une explication métier, il tue exactement ce qu'on venait chercher — l'hésitation juste, le mot propre au métier, le geste qui accompagne l'idée.

Dire à quoi ça va servir

Une personne qui sait où le film sera diffusé, devant qui et pour quoi faire, parle beaucoup mieux qu'une personne à qui on a seulement dit de venir à quatorze heures.

Annoncer qu'on pourra recommencer

Le savoir change tout : la peur de rater bloque plus que la caméra. On le dit avant, et on le redit après la première prise.

Le jour du tournage

Les dix premières minutes ne servent à rien

Elles servent à autre chose : à s'habituer. On tourne quand même, on ne les utilisera pas, et on prévoit ce temps au planning au lieu de le découvrir en retard.

Une réponse doit se tenir seule

La question n'apparaît pas dans le film. « Depuis quand ? » — « Depuis 2014 » est inutilisable. On demande de reprendre la question dans la réponse, et on le redemande autant de fois qu'il faut.

Commencer par le facile

Les premières questions sont celles auxquelles la personne peut répondre sans réfléchir. Les questions qui portent le film viennent après, quand la voix s'est posée.

Vider la pièce

Un supérieur hiérarchique derrière la caméra change ce qui est dit. Moins il y a de monde, plus la parole est libre — et c'est souvent la seule chose à corriger pour qu'une interview décolle.

Ne jamais dire « sois naturel »

C'est la consigne la plus contre-productive du métier. On donne une consigne concrète à la place : regarde-moi, prends ton temps, raconte-le comme tu le raconterais à un collègue.

Ce qui se rattrape au montage, et ce qui ne se rattrape pas

Se rattrape

Les hésitations, les répétitions, un ordre d'idées bancal, une réponse trop longue. C'est le travail normal du montage.

Ne se rattrape pas

Une réponse qui ne se tient pas seule, une idée qui n'a jamais été dite, un regard qui fuit sur toutes les prises. Ce sont des choses à voir sur le plateau, pas trois semaines plus tard.

D'où l'intérêt de vérifier en tournant

On réécoute une réponse importante avant de passer à la suivante. Faire revenir une personne coûte une demi-journée à tout le monde ; réécouter coûte deux minutes.

Questions fréquentes

Faut-il un prompteur ?

Pour un message institutionnel court et cadré, il peut aider. Pour un témoignage ou une explication métier, il dessert : il produit une lecture, et une lecture s'entend. Mieux vaut préparer trois idées et laisser la personne les dire avec ses mots.

Combien de temps prévoir par intervenant ?

Plus que la durée utile, toujours. Les premières minutes servent à s'habituer à la caméra et ne seront pas utilisées. Le temps réel dépend du nombre de questions et du confort de la personne — c'est une décision de planning, pas une variable d'ajustement.

Peut-on donner les questions à l'avance ?

Les thèmes, oui, et c'est même utile. Les questions mot pour mot, non : la personne prépare des réponses écrites, les apprend, et le résultat sonne faux. On cherche une parole, pas une lecture.

Que faire si la personne se bloque ?

On arrête de tourner l'interview et on parle d'autre chose une minute. La plupart des blocages viennent de la peur de mal faire ; ils tombent dès que la pression tombe. Insister sur la même question aggrave presque toujours la situation.

Peut-on refaire une prise ?

Oui, autant que nécessaire, et il faut le dire à la personne avant de commencer. Savoir qu'on peut recommencer supprime l'essentiel du trac — c'est la peur de rater qui bloque, plus que la caméra elle-même.

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